Éducation : À Mayotte, le défi colossal de la scolarisation dès l’âge de trois ans

Scolariser les enfants à partir de trois ans est désormais obligatoire en raison de la loi pour une École de la Confiance. Mais à Mayotte, jeune département qui connaît une démographie galopante, le défi est colossal et impossible à relever pour l’instant, en raison du manque criant de salles de classe.

Éducation : À Mayotte, le défi colossal de la scolarisation dès l’âge de trois ans

Selon les chiffres communiqués par le vice-rectorat de Mayotte, seulement 40% des enfants âgés de 3 ans étaient inscrits à l’école pour l’année 2018-2019, contre 98% sur le reste du territoire national. Et depuis le 23 août, date de la rentrée scolaire pour les 86 000 élèves dans ce département de l’océan Indien de 256 000 habitants, la situation est toujours aussi compliquée.

Le ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer a reconnu mercredi sur France Inter qu’il faudrait du temps pour scolariser tout le monde dans un territoire qui enregistre plus de 9 000 naissances par an (soit une classe de 25 élèves par jour). « Pour arriver à ce que tous les enfants de Mayotte et Guyane (autre département français ayant une forte démographie, ndlr) aillent à la maternelle dès trois ans, c’est un peu sur deux ou trois rentrées qu’on va y arriver pleinement », a-t-il dit.

« En zone urbaine (…), on n’y arrivera pas »

Mardi, à l’occasion de la visite du collège de Kwalé, dans la commune chef-lieu de Mamoudzou, Sibeth Ndiaye, porte-parole du gouvernement, a assuré que les moyens étaient là. « C’est une centaine de millions d’euros par an (sur cinq ans) qui sont mis sur la table pour construire des classes », a-t-elle dit. Le vice-recteur Gilles Halbout explique de son côté que le recensement des places disponibles se fait en collaboration avec les mairies et que les postes supplémentaires attribués aux écoles permettront de mettre en place cette réforme.

Mais la communauté éducative est plus que dubitative. La CSFM (Confédération syndicale des familles) dit avoir reçu des appels de parents qui n’ont pu inscrire leurs enfants en petite section. Et la FCPE (premier syndicat de parents d’élèves) estime que la mission est impossible. « Cette loi fonctionnera en zone rurale. Par contre en zone urbaine, à Mamoudzou, Koungou, Dembeni et Petite Terre, on n’y arrivera pas », affirme son co-président Haïdar Attoumani Saïd. Pour lui, « dans deux ans, c’est faux, il y aura toujours des élèves de 3 ans non-inscrits, surtout si l’on ne freine pas le phénomène migratoire (48% de la population est étrangère, dont la moitié est en situation irrégulière selon l’Insee) ».

« Pas d’écoles livrées »

Le SNUIPP, syndicat majoritaire des enseignants du premier degré, fustige l’immobilisme de l’État et des collectivités. « Il n’y a pas d’écoles maternelles livrées, rien n’a été fait en amont de cette loi. L’État et son représentant à Mayotte assument que la loi n’est pas appliquée », s’insurge son secrétaire départemental Rivomalala Rakontondravelo. « Et j’aimerais bien savoir où sont passés les 20 millions d’euros consacrés aux constructions d’écoles du premier degré. On n’a pas vu le début des chantiers. Quant aux maires, ils ne font rien en se disant que ces écoles sont faites pour les étrangers », accuse-t-il.

À Koungou, deuxième commune la plus peuplée de Mayotte (32 156 habitants), où l’année dernière, les élèves de maternelles étaient 35 par classe, la situation est inextricable. Pour l’instant, 574 dossiers sont en souffrance en maternelle dont 341 dossiers pour les enfants âgés de trois ans. Il y a également 260 dossiers en souffrance pour l’élémentaire. « La prochaine école qui ouvrira comptera 368 places. On pourrait la remplir juste avec les trois ans, mais cela signifie que les quatre ans et cinq ans en attente n’y entreraient pas. En ce moment, on prend les dossiers et on dit aux parents qu’il n’y a pas de place », précise Éric Boinaïdi, responsable du service scolaire de la ville.

La commune avait refusé de prendre des inscriptions en élémentaire en 2017-2018, faute de place dans les écoles. Dix familles l’avaient attaquée devant le tribunal administratif. Mais leur requête a été rejetée au motif que la commune avait déjà surchargé les classes, qu’il aurait fallu construire 63 classes pour accueillir tout le monde et qu’elle n’en avait pas les moyens.

Avec AFP.


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